« Changer la perspective » : La rive May Ayim
« The Empire writes back » – ce titre d'un classique central de la pensée postcoloniale résume de manière concise ce que représente aujourd'hui le May-Ayim-Ufer à Berlin Kreuzberg, à savoir un monument contre le racisme, conséquence de l'impérialisme et du colonialisme allemands et européens. Le quai symbolise le mouvement boomerang de la mémoire postcoloniale : alors que cet endroit, sous l'Empire allemand aspirant à la puissance mondiale, avait été nommé d'après Otto von der Groeben, un pionnier colonial allemand, les fantômes des anciennes périphéries coloniales ont fait irruption dans les anciennes métropoles coloniales comme Berlin, plus de cent ans plus tard, pour rappeler les injustices subies. Depuis le changement de nom officiel par l'assemblée des conseillers de district de Friedrichshain-Kreuzberg en 2010, le quai commémore l'auteure noire allemande et féministe May Ayim, qui avait fait de ses expériences de racisme et d'exclusion en Allemagne le moteur de son écriture et de son activisme. Des organisations non gouvernementales de développement et des associations d'Africains et d'Afro-Allemands comme AfricAvenir, l'Initiative Noirs allemands, l'Atelier des Cultures et le Conseil politique de développement de Berlin, ainsi que le parti Alliance 90/Les Verts, ont lancé ce projet et en ont fait, avec les voix du SPD et du parti Die Linke, le premier changement de nom de rue postcolonial réussi, bien que encore aujourd'hui controversé, dans l'Allemagne réunifiée.
Les changements de noms de rues ont joué un rôle central dans la confrontation allemande avec le passé colonial longtemps refoulé dès le début.[2] Entre-temps, plusieurs rues à Berlin et dans d'autres villes allemandes ont été renommées ou sont sur le point de l'être. Les conflits et les débats à ce sujet ne se sont pas apaisés. Néanmoins, le May-Ayim-Ufer est désormais un lieu de mémoire pour la confrontation avec l'histoire coloniale de l'Allemagne. Parallèlement, cette rue revêt une grande importance pour la force des mots, de la littérature et de l'engagement contre un processus de déshumanisation séculaire, que représente le chapitre colonial de l'histoire allemande et européenne.
Otto von der Groeben et le colonialisme allemand
Tout a commencé avec un pont de bois voisin, qui reliait Friedrichshain et Kreuzberg par-dessus la Spree, servait à des fins douanières et auquel le pont Oberbaum actuel doit son nom. En 1895, dix ans après le partage du continent africain entre les puissances européennes lors de la Conférence de Berlin, l'empereur Guillaume II baptisa personnellement la rue « Gröbenufer » en l'honneur d'Otto Friedrich von der Groeben (1656-1728). Il arracha ainsi ce lieu à son état de semi-obscurité et signala en même temps la renaissance du côté expansionniste et outre-mer de l'histoire de Brandebourg. Car l'énorme élan d'industrialisation et de modernisation du Reich avait éveillé le désir de renouer avec cette tradition et, à l'instar d'autres puissances européennes, d'accéder à des ressources et des marchés dans ses propres colonies.
Groeben avait dirigé en 1682, sur ordre du Prince-Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg (1620–1688), l'expédition vers la côte guinéenne africaine afin d'y établir une base commerciale pour la Prusse-Brandebourg. Comme de nombreux Européens, les Brandebourgeois aspiraient alors à une expansion économique par la participation au commerce d'outre-mer en plein essor, s'intéressant principalement à l'acquisition d'or, d'ivoire, de poivre et d'esclaves. Durant son séjour aux Pays-Bas, le Prince-Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg avait pu observer les avantages du commerce outre-mer. Son oncle et modèle, Jacques II, duc de Courlande (1610–1681), « possédait » également une colonie à l'embouchure du Gambia.
Pour l'expédition prévue par l'Électeur, Otto von der Groeben, né en 1656 à Napraten en Ermland, fils d'un officier de Brandebourg, présentait de bonnes qualifications, ayant déjà entrepris de nombreux voyages dès l'âge de 17 ans en Italie, à Malte, en Égypte, en Palestine, à Chypre, en Espagne, en France et en Angleterre. Sous sa direction, deux frégates nommées Moriaen et Churprinz von Brandenburg naviguèrent en 1682 de Glückstadt sur l'Elbe vers la côte occidentale de l'Afrique. Là, près de l'actuelle Princess Town, Otto von der Groeben commanda la construction de la station Groß-Friedrichsburg, posant ainsi la première pierre de la première colonie « allemande » au Ghana actuel, qui dura jusqu'en 1717, favorisant un commerce d'échange animé et l'entrée du Brandebourg-Prusse dans le commerce transatlantique des esclaves : des armes à feu portatives, des munitions, des objets simples en fer et du verre rubis apportés furent échangés contre de l'ivoire, de l'or et des personnes réduites en esclavage. Sur les deux frégates sous sa direction, des personnes réduites en esclavage devaient être déportées vers l'Europe et jusqu'en Amérique.[3] Lorsqu'il revint à l'été 1683 avec la Moriaen, l'Électeur l'honora en tant que fondateur de la première colonie brandebourgeoise et le récompensa avec la promesse du poste de capitaine-gouverneur de Marienwerder et Riesenburg.
Même si le commerce à Groß Friedrichsburg ne s'est finalement pas avéré aussi rentable qu'espéré, le développement initial du commerce de métaux précieux, d'autres matières premières et de personnes réduites en esclavage a été positif du point de vue de Brandebourg. En effet, dès 1686, l'Électeur Frédéric-Guillaume a pu satisfaire ses partenaires commerciaux avec une indemnité et reprendre seul la direction de la Compagnie Brandenburg-Africaine. Afin de faire prospérer le commerce des personnes réduites en esclavage en provenance d'Afrique, les Brandebourgeois ont assuré une implantation dans les Caraïbes : le directeur général de la marine du Brandebourg-Électoral, Benjamin Raule (1634–1707), s'est mis d'accord en 1685 avec des représentants de la Compagnie danoise des Indes occidentales sur la location d'une partie de l'île caribéenne de Saint-Thomas au Brandebourg. Avec de telles initiatives, l'Électeur Frédéric-Guillaume n'était pas seulement impliqué dans la traite transatlantique des esclaves, mais est également devenu « l'un des pères spirituels de la politique coloniale allemande de 1884/85 à 1918/19 ».[5]
Le Gröbenufer et l'exposition commerciale et coloniale sous l'Empire
Les ambitions coloniales de l'Empire allemand ne se sont pas seulement exprimées par la dénomination de la voie longeant le fleuve, mais aussi par l'exposition commerciale et coloniale qui s'est tenue à proximité, du 1er mai au 15 octobre 1896, à Berlin-Treptow, et qui était elle-même liée au Gröbenufer. Dans le cadre des préparatifs de l'exposition, deux quais y avaient été aménagés – depuis le quai double, les visiteurs pouvaient se rendre directement à l'exposition coloniale par bateau, en passant sous le pont Oberbaum, de style néo-gothique et d'apparence « allemande », pour ensuite accéder symboliquement à des eaux internationales. Des parties du site (fortement endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale) ont été restaurées et sont accessibles depuis 2009-2011 après une rénovation – les anciennes salles d'attente pour le trafic fluvial abritent aujourd'hui un restaurant.
Comme peu d'autres événements, les expositions universelles de la fin du XIXe siècle incarnaient la modernité absolue et exprimaient les prétentions au pouvoir des États européens. Ainsi, la première exposition universelle eut lieu en 1851 à Hyde Park, à Londres, sous le titre « Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations ». La France organisa également à Paris une « Exposition Universelle » en 1867, et les États-Unis en 1876 à Philadelphie l'« International Exhibition of Arts, Manufactures and Products of the Soil and Mine ». Poussées par la foi dans le progrès et un esprit de compétition nationaliste, elles servaient à présenter des inventions, des produits techniques et industriels, à échanger des connaissances ainsi qu'à la mise en scène nationale.
Surtout, depuis la fondation de l'Empire, des industriels, des banquiers et des hommes d'affaires allemands ont revendiqué l'organisation d'une exposition internationale sur le sol allemand, de préférence à Berlin, sur le modèle d'autres grandes puissances. Ainsi, en 1880, le pamphlet « Eine Weltausstellung in Berlin » déclarait : « C'est le tour de l'Allemagne de recevoir les peuples. […] Berlin, la plus jeune des capitales impériales, doit tenir un cercle international. […] Berlin dissipera les anciens préjugés qui existent à l'encontre de l'ancien village de pêcheurs wende, elle secouera elle-même les restes de son passé petit-bourgeois et apprendra à se sentir comme une métropole mondiale. »[6]
Lors de l'Exposition des métiers et des colonies de Berlin – l'une des rares « expositions ethnographiques » soutenues par l'État – environ 300 entrepreneurs qui ont considérablement profité des colonies allemandes se sont présentés, dont certains, comme Bahlsen ou la Deutsche Bank, existent encore aujourd'hui. Bien que l'exposition n'ait pas laissé à Berlin un spectaculaire palais de cristal de verre et de fer de 600 mètres de long comme à Londres, ni une rotonde comme à Vienne, ni le Champ de Mars avec la Tour Eiffel comme lieu de mémoire, elle a laissé un nouveau bâtiment de l'Oberbaumbrücke, relativement modeste. Celle-ci a eu lieu entre 1894 et 1896 selon les plans de l'architecte Otto Stahn et de la société Siemens & Halske, le prédécesseur de l'actuel groupe Siemens. Comme il était typique de l'historicisme, le style néogothique du pont a réinterprété et simultanément ravivé l'histoire nationale : les deux tours distinctives et presque identiques qui flanquent l'arche centrale du pont étaient censées rappeler son passé de bureau de douane fluviale. Tandis que l'une d'elles est ronde et porte l'ours de Berlin à son sommet, l'autre est octogonale et arbore l'aigle de Brandebourg. Sous les deux étages du pont se trouve un cloître pour les piétons, inspiré des cloîtres monastiques médiévaux. En 1896, des lignes de tramway circulaient sur le nouveau pont Oberbaum et des bateaux d'excursion naviguaient à côté du pont pour l'Exposition des métiers et des colonies.
Comme le titre l'indique déjà, une partie de l'exposition était constituée de la « Deutsche Kolonial-Ausstellung » de 260 × 380 mètres. Après que l'Empire allemand soit devenu une jeune puissance coloniale en 1894 avec l'occupation du Togo, du Cameroun, de l'Afrique orientale allemande et de l'Afrique du Sud-Ouest allemande, ainsi que d'autres territoires en Asie, il a voulu se mettre en scène en tant que telle par un spectacle colonial.
Jusqu'à la Première Guerre mondiale et la diffusion du cinéma, les expositions coloniales et les soi-disant spectacles ethnographiques comptaient parmi les phénomènes de masse et de divertissement les plus populaires : ainsi, entre 1875 et 1930, environ 400 spectacles de peuples ont eu lieu en Allemagne.[7] L'infrastructure de la première mondialisation l'a permis, les structures coloniales racistes ont facilité l'organisation de spectacles ethnographiques. Des représentations comme celles de l'Exposition universelle de Berlin, mais aussi sur les foires et dans les parcs d'attractions, ont assuré leur diffusion.[8] Des villages dits « indigènes » ont été installés au bord de l'étang aux carpes dans la partie est du parc Treptower, « habités » par des centaines d'Africain·e·s des colonies allemandes : Duala du Cameroun, Ewe du Togo, Héréros et Namas de l'actuel Namibie, Massaïs d'Afrique de l'Est ainsi que des Africain·e·s de l'Est musulmans, désignés comme « Arabes »,[9] des personnes du Burundi, du Rwanda et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ils et elles avaient tous et toutes été recruté·e·s dans les colonies allemandes d'Afrique et d'Océanie comme interprètes et expédié·e·s en Allemagne.[10] L'anthropologue Felix von Luschan ne s'est pas contenté de les photographier, il a également procédé aux mesures anthropologiques crâniennes alors habituelles et s'est réservé le droit de procéder à des autopsies des défunts.[11] Leurs noms figurent sur les listes du catalogue de l'exposition coloniale, aux côtés d'œuvres d'art et d'artefacts volés : ils s'appelaient par exemple Petrus Jod, Hazina, Yondra, Friedrich Maharero ou Salim Bin Faraja. Comme l'exposition permanente « zurückgeschaut I looking back » sur l'histoire du colonialisme, du racisme et de la résistance au Museum Treptow le montre depuis 2017,[12] beaucoup d'entre eux étaient fortunés, bien éduqués et issus de familles influentes. Certains étaient venus en Allemagne pour s'informer sur l'Allemagne et établir des relations diplomatiques, comme le jeune Friedrich Maharero, 22 ans, fils du chef Héréro Samuel Maharero, qui était arrivé accompagné de deux autres fils de chefs et d'un interprète. Durant son séjour, il fut reçu en audience par l'empereur Guillaume II, avec Ferdinand Demondja, Petrus Witbooi et l'interprète Kamatoto.[13] Néanmoins, après les épreuves et malgré la maladie, ils ont dû, en raison du voyage en bateau éprouvant de plusieurs semaines, s'habiller en costumes « exotiques » et se laisser fixer par des regards fascinés de curieux pendant plus d'un semestre, du matin au soir. Leur tâche consistait principalement à jouer la représentation européenne d'une Afrique prétendument authentique et arriérée.
Les organisateurs de l'exposition dictaient précisément le spectacle attendu des « sauvages sans culture » : par exemple, à midi, le repas devait être préparé dans un village, et à 18 heures, une danse devait être exécutée dans un autre. Après le travail, ils se rendaient dans des baraquements exigus où ils étaient logés sans aucune intimité.[14] Par mesure d'hygiène préventive, un médecin leur rendait visite une fois par semaine, les examinant principalement pour des maladies contagieuses. À cette fin, ils étaient conduits dans une pièce, comme à l'armée, et soumis à un examen collectif public. Cependant, cette procédure, jugée indigne, fut bientôt abandonnée suite à des protestations.[15] D'autres artistes ont également refusé de se produire dans des costumes prétendument typiquement africains, alors qu'ils étaient habitués à comparaître chez eux en chemise et en frac. Le Camerounais Kwelle Ndumbe a même choisi une forme de protestation silencieuse mais originale : assis, il observait avec une longue-vue les gens qui affluaient vers l'exposition pour regarder fixement les gens venus des colonies.[16] Au total, plus de 7,4 millions de personnes ont visité l'exposition en un peu moins de sept mois.[17] La mentalité impériale de l'époque se reflétait dans le fait que l'exposition coloniale ne faisait pas partie de l'exposition principale proprement dite, mais en était séparée spatialement par une rue. Néanmoins, elle représentait l'une des sections de l'exposition qui suscitait le plus d'intérêt.
Même si l’Exposition berlinoise de l’industrie et de la colonisation ne pouvait pas rivaliser avec celles de Londres et de Paris en termes de résonance internationale et que les sentiments de métropole mondiale restaient prisonniers du provincialisme,[18] elle revêtit une grande importance dans le contexte local et national. Elle contribua à rattraper les développements techniques, à surmonter les complexes d’infériorité de Berlin et à affirmer le statut de la ville en tant que capitale prussienne et impériale. De plus, elle offrit une « démonstration de l’étranger »[19], présenta le « village indigène » et le plus grand groupe de « compatriotes » coloniaux qui trouvèrent alors leur chemin vers l’Allemagne en une seule fois.
Bien qu’elles aient servi en marge, principalement comme curiosités de divertissement, ces exhibitions de peuples, alors à la mode, ont considérablement contribué à une image dégradante et négative de l’Afrique, considérée comme arriérée. Le contraste entre les salles d’exposition modernes équipées des dernières inventions techniques et les simples « huttes indigènes » avec leurs formes artisanales archaïques était frappant. Il soulignait l’image de l’« Afrique primitive » et de « l’Autre », contribuant ainsi à la consolider dans la mémoire collective.
Les expositions prouvent en outre que la période coloniale allemande, relativement courte, ne constitue pas un chapitre insignifiant de l'histoire allemande, dans lequel seules quelques personnes étaient impliquées, mais qu'elle a également atteint la « grande masse ». Celle-ci devait se convaincre de la supériorité de sa « propre » culture et de la pertinence de l'Allemagne en tant que puissance coloniale et de la « missionarisation » des « sauvages », tout en se divertissant.[20] Des initiatives comme celle-ci ont rendu impossible pendant des décennies pour les Allemands noirs comme May Ayim de se sentir chez eux en Allemagne et de mener une vie normale.
Le changement de nom de rue en 2010
Par l’acte symbolique du changement de nom du Gröben- en May-Ayim-Ufer, les élu(e)s locaux de Friedrichshain-Kreuzberg ont visé un changement de paradigme dans la manière d’aborder le colonialisme et le racisme à Berlin et en Allemagne. Les initiateurs ont ainsi exprimé qu’ils ne considéraient pas des figures comme Otto von der Groeben comme exemplaires, en raison de son rôle dans l’entrée de la Brandebourg-Prusse dans le commerce des esclaves – qui était en outre considéré comme la figure de proue du colonialisme allemand sous l’Empire. Au contraire, la rue devait rendre hommage à la poétesse, pédagogue, militante et féministe May Ayim, qui a souffert encore au 20e siècle des conséquences du colonialisme et du racisme qui y est associé. Elle a fourni de nombreuses pistes pour une confrontation critique avec ces deux phénomènes en Allemagne et est devenue une pionnière du mouvement des femmes afro-allemandes et du mouvement afro-allemand.
May Ayim, née Sylvia Brigitte Gertrud Opitz, est née le 3 mai 1960 à Hambourg, fille de l'Allemande Ursula Andler et du Ghanéen Emmanuel Ayim, et s'est suicidée à l'âge de 36 ans à Berlin Kreuzberg. Peu après sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat où elle a passé ses 18 premiers mois de vie. La famille d'accueil Opitz l'a adoptée peu après et l'a élevée à Münster avec leurs enfants biologiques. À l'Université de Ratisbonne, où Ayim a commencé à étudier la psychologie et la pédagogie, elle a commencé à s'intéresser à l'histoire des Africains et des Noirs en Allemagne et à s'engager politiquement. Son mémoire de diplôme « Afro-Deutsche. Ihre Kultur- und Sozialgeschichte auf dem Hintergrund gesellschaftlicher Veränderungen » est le résultat de cette implication.
C'est surtout dans l'environnement multiculturel de Berlin, où elle a déménagé en 1984, que cette facette d'Ayim s'est épanouie. C'est là qu'elle s'est sentie plus chez elle ; c'est là qu'elle a eu l'occasion d'entretenir et de s'engager avec des Afro-Allemands et d'autres personnalités nationales et internationales du mouvement féministe et antiraciste. En 1986, son mémoire de diplôme a été publié sous forme de chapitre dans le recueil „Farbe bekennen – Afro-Deutsche Frauen auf den Spuren ihrer Geschichte“ (Dire vrai – Femmes afro-allemandes sur les traces de leur histoire). Cet ouvrage, qu'elle a coédité avec Katharina Oguntoye (*1959) et Dagmar Schultz (*1941), est considéré comme la pierre angulaire du mouvement afro-allemand en Allemagne. Ayim a également été membre fondateur de l'Initiative Schwarze Deutsche und Schwarze in Deutschland (ISD) (Initiative des Noirs allemands et des Noirs en Allemagne), la forme ouest-allemande de l'actuelle Initiative Schwarzer Menschen in Deutschland (Initiative des personnes noires en Allemagne), qui, avec d'autres initiatives de la société civile, a largement contribué à des changements de noms de rues comme celui-ci et à la réévaluation de l'histoire coloniale de Berlin et de l'Allemagne. À Berlin, dans le cadre de sa formation en orthophonie, May Ayim a également rédigé en 1990 le mémoire „Ethnozentrismus und Sexismus in der Sprachtherapie“ (Ethnocentrisme et sexisme en orthophonie). Ce travail témoigne de son profond intérêt pour les thèmes du racisme au quotidien et du lien entre racisme et langue.
Par le changement de nom de la rue de Gröbenufer en May-Ayim-Ufer, le lien colonial a été maintenu, mais il est évalué différemment grâce au changement de perspective. Ainsi, l'Alliance 90/Les Verts voulait « promouvoir la confrontation avec l'histoire coloniale allemande et ses conséquences aujourd'hui ». De plus, comme l'a expliqué Elvira Pilcher, porte-parole de la politique culturelle du groupe Alliance 90/Les Verts à l'assemblée des conseillers de district de Friedrichshain-Kreuzberg lors de la cérémonie de changement de nom, il s'agissait de créer des espaces de mémoire auxquels des personnes aux parcours de vie transnationaux pourraient également s'identifier.[21]
Le débat sur le changement de nom des rues
Que ce geste symbolique postcolonial n'ait pas encore été incontesté à Berlin en 2010 est démontré par la vive controverse qui l'a précédé au sein de l'assemblée des conseillers de district de Friedrichshain-Kreuzberg et qui a suivi dans les médias. Le premier problème à surmonter sur la voie du changement de nom fut les doutes exprimés quant à savoir si le Gröbenufer avait bien été nommé d'après Otto Friedrich von der Groeben. Une fois cette question clarifiée, la polémique proprement dite s'est enflammée autour de la question de savoir si Otto von der Groeben était la personne appropriée pour servir d'exemple contre le colonialisme et le racisme. Selon l'historien Götz Aly, Otto von der Groeben n'était « que » « un mercenaire, un aventurier et un explorateur » qui, au service du Brandebourg, avait co-fondé la « mini-colonie » ou le « petit colonie » Groß Friedrichsburg dans le Ghana actuel,[22] qui avait déjà été vendue aux Hollandais par Frédéric-Guillaume Ier en 1717. En juin 2009, l'historien Ulrich van der Heyden s'est également indigné de ce choix dans son article « Gröblicher Rufmord an von der Gröben » (Diffamation de Gröbel à l'encontre de von der Gröben).[23] Bien qu'il n'y ait rien à redire aux changements de noms de rues, a argumenté van der Heyden, il était d'avis que la mauvaise rue avait été choisie à cette fin, car Otto von der Groeben n'avait pas profité de la traite des esclaves : selon lui, Otto von der Groeben n'avait « pas créé les conditions matérielles pour le commerce transatlantique des esclaves, qui méprisait l'être humain ». [24] Cependant, l'historien Christian Kopp a rejeté cette évaluation d'Otto von der Groeben comme une minimisation dans son étude spécialement réalisée « Otto Friedrich von der Gröben und der brandenburgisch-preußische Sklavenhandel » (Otto Friedrich von der Gröben et la traite des esclaves brandebourgeoise-prussienne). Bien qu'Otto von der Groeben n'ait pas été un marchand d'esclaves au sens classique du terme, « pour de l'argent comptant » et une poignée de jeunes serviteurs noirs, il a navigué avec deux navires envoyés pour le commerce des esclaves vers la Côte-de-l'Or afin d'y fonder une colonie commerciale qui devait également servir au commerce des esclaves. »[25] Selon Kopp, il n'est pas plausible qu'Otto von der Groeben n'ait pas été conscient de la destination de la forteresse qu'il avait lui-même fondée.[26] En effet, selon l'ordre de l'Électeur du 17 mai 1682, la frégate Churprinz, le plus grand navire, devait transporter 500 esclaves d'Afrique de l'Ouest vers Berbices (Guyana), et le navire Moriaen devait transporter 100 esclaves vers Saint-Thomas (Îles Vierges), en vendre 60 et retourner à Hambourg avec le reste.[27]
Götz Aly a également suscité l'agitation dans le débat sur le changement de nom avec son objection selon laquelle l'histoire n'est pas un « buffet à volonté pour un usage actuel » : « Les noms de rues d'une ville documentent les mentalités, les horizons d'expérience, les erreurs et les fausses certitudes de l'époque respective. C'est pourquoi ils sont instructifs ».[28] Pour cette raison, ils devraient être conservés, selon Aly. L'historien Christian Kopp, déjà mentionné et agissant en tant qu'expert, l'angliciste Susanne Arndt et la politicienne verte Elvira Pilcher ont répliqué qu'en suivant cette logique, on n'aurait pas non plus dû toucher aux noms de rues qui rappelaient le passé national-socialiste.[29] L'esclavage de l'époque ne pouvait pas non plus être légitimé par l'esprit du temps, a poursuivi Kopp, car même à l'époque, il y avait eu des protestations de colons allemands et hollandais contre l'asservissement et le commerce des êtres humains.[30]
Il est frappant de constater, lors de cette confrontation publique, que la réflexion sur le colonialisme et le racisme dans la société allemande, souhaitée par les initiateurs, a été à peine abordée, que l'œuvre de May Ayim a été à peine mentionnée et que sa biobibliographie n'a été évoquée que très brièvement, et parfois même de manière dédaigneuse.[31] Au lieu de cela, l'accent a été mis sur les questions susmentionnées, qui exprimaient avant tout une perspective nationale.
La situation s'est encore compliquée du fait que le Gröbenufer ne représente pas seulement un lieu de mémoire du colonialisme et du racisme, mais aussi un chapitre sombre de l'histoire allemande et européenne, plus précisément le destin tragique de personnes pendant la Guerre Froide et la division de Berlin. En effet, c'est précisément au Gröbenufer que passait la frontière sectorielle pendant la Guerre Froide, la Spree appartenant à Berlin-Est. Dans les années 1960 et 1970, les enfants Cengaver Katranci (9 ans), Siegfried Kroboth (5 ans), Giuseppe Savocca (6 ans) et Çetin Mert (5 ans) sont tombés dans la Spree à cet endroit et s'y sont noyés, car les soldats frontaliers de la RDA avaient interdit toute intervention occidentale et n'ont rien fait eux-mêmes pour les sauver. Les Berlinois de l'Ouest, quant à eux, n'osaient pas venir en aide aux enfants malgré tout. De plus, plusieurs personnes ont perdu la vie à cet endroit lors de leur tentative de fuite vers l'Ouest en traversant le fleuve.
Pendant la guerre froide, le pont Oberbaum tout proche fut également détourné de sa fonction initiale : au lieu de servir de lien, il se mua en la redoutée frontière entre l'Est et l'Ouest : d'abord, les autorités de la RDA interdirent le passage sur le pont aux voitures et aux tramways, puis en 1955, également aux motos et aux vélos. Si les piéton·ne·s pouvaient encore circuler sur le pont, après la construction du mur le 13 août 1961, il n'en fut plus de même, sauf lorsque des prisonniers politiques rachetés pouvaient quitter la RDA. La guerre froide transforma ainsi le pont en un mur fortifié et difficilement contrôlable. Le fait que de nombreux Berlinois de l'Ouest plus âgé·e·s associaient principalement le Gröbenufer à ces événements dramatiques et craignaient de perdre ce lieu de mémoire contribua peut-être aussi au vif débat sur le changement de nom. C'est pourquoi le changement de nom ne fut accepté qu'à la condition que l'on se souvienne également des personnes y ayant péri. Aujourd'hui, des pierres commémoratives apposées sur la rive en gardent le souvenir.
Otto von der Groeben et May Ayim : Unis par l'histoire coloniale
Même si Otto von der Groeben et May Ayim étaient des personnes très différentes, séparées par 300 ans, c'est précisément cette histoire et son héritage pour le présent qui unissent ces deux personnalités. Leurs parcours de vie montrent que le colonialisme n'était pas une aventure « exotique » ou seulement un chapitre « coloré » de l'histoire allemande, mais un système violent et exploiteur à bien des égards, qui a duré plus de 500 ans, a concerné près de 85 % de la surface de la Terre et dont les conséquences sont encore visibles dans les inégalités économiques et sociales actuelles. L'Allemagne a participé au colonialisme européen, directement ou indirectement, presque dès le début.
L'héritage du colonialisme inclut également le racisme présent dans la société allemande et les préjugés généraux à l'encontre des « autres ». Le nombre relativement faible de personnes noires en Allemagne et la similitude, du moins superficielle, des formes allemandes et d'autres formes européennes de racisme à l'encontre des personnes à la peau non blanche indiquent qu'il s'agit de préjugés de longue date, qui se sont consolidés dans la conscience allemande et européenne et ont été transmis de génération en génération. Le colonialisme est un facteur – sinon le facteur – central. Alors que le racisme est à peine perceptible pour la société majoritaire européenne blanche, il constitue en revanche une expérience traumatisante pour les personnes concernées.
Pour cette expérience en Allemagne, peu de vies et d'œuvres témoignent mieux que celle de May Ayim. Trois siècles après l'expédition d'Otto von der Groeben au Ghana, lorsque le racisme européen et la « hiérarchisation raciale » qui l'accompagnait ont relégué les personnes noires presque au rang d'animaux, justifiant ainsi leur exploitation, May Ayim a vécu dans la seconde moitié du 20e siècle l'impossibilité de mener une vie normale en Allemagne parce qu'elle était la fille d'un étudiant en médecine noir du Ghana. Son parcours est un exemple typique de l'incapacité de la société allemande à considérer une femme noire comme allemande et comme faisant partie de la normalité sociale. May Ayim remplissait les « conditions d'intégration » constamment formulées par la société majoritaire et ses représentants : elle portait un nom allemand, est née en Allemagne et a été socialisée dans une famille allemande ainsi que dans des institutions éducatives allemandes. Néanmoins, elle était considérée comme « non allemande » en raison de sa couleur de peau. L'existence en tant que surface de projection permanente des autres était si forte qu'il lui était impossible de s'identifier pleinement aux Allemands et à l'Allemagne. La douleur qui en résultait s'est surtout exprimée dans son expérience du « Wende », qu'elle a appelé « Sch-einheit » (une unité de façade),[32]. Elle a vécu cette césure historique comme un cauchemar : « Quand le mur est tombé, j'ai eu par moments la peur d'être écrasée. Pas beaucoup de peur ou pas une grande peur, mais plus que d'habitude. »[33] D'une part, parce que cela lui a rappelé la violence raciste en Allemagne, d'autre part, parce que cela lui a aussi montré que l'identité allemande ne reposait pas sur le principe territorial et une socialisation, mais avant tout sur le principe de filiation. Bien que les « Allemands de l'Est » aient vécu pendant près d'un demi-siècle dans un système complètement différent, ils ont été considérés comme plus « allemands » que May Ayim et les personnes « d'apparence différente » mais socialisées en Allemagne de l'Ouest après le Wende : « Comme d'autres Allemands noirs et immigrés, je savais qu'un passeport allemand ne constituait pas une invitation aux célébrations Est-Ouest [le 9 novembre 1989]. Nous sentions qu'avec la réunification allemande imminente, une démarcation croissante vers l'extérieur allait s'ensuivre – un extérieur qui ne nous inclurait pas. Notre participation à la fête n'était pas demandée. »[34]
En conséquence de ses expériences douloureuses, May Ayim rechercha un « foyer » spirituel et extraterritorial en communauté avec d'autres personnes ayant vécu ou pensé des choses similaires. Le mouvement des femmes noires des États-Unis, en particulier Audre Lorde (1934–1992), poétesse et modèle de la « Black Women's Movement » américaine, l'inspira particulièrement et alimenta son activisme.
Même dans la constellation triangulaire, qui s'exprime dans la recherche d'identité de May Ayim entre les continents Europe – Afrique – Amérique, l'héritage du colonialisme et du commerce triangulaire inhumain de l'Atlantique se reflète dans l'Allemagne du XXe siècle. Le May-Ayim-Ufer, qui s'étend de la Pfuelstraße au nord-ouest à l'Oberbaumstraße au sud-est de Berlin et forme la rive de la Spree, rappelle désormais cet héritage.
Clara Ervedosa
- LIEU
- Groebenufer
- AUJOURD'HUI
- May-Ayim-Ufer
Citer l'article
Clara Ervedosa: « Changer la perspective » : Le quai May Ayim. In : Kolonialismus begegnen. Dezentrale Perspektiven auf die Berliner Stadtgeschichte. URL : https://kolonialismus-begegnen.de/geschichten/die-blickrichtung-drehen-das-may-ayim-ufer/ (03.03.2025).
Littérature & Sources
[1] Article « Gröben, Otto Friedrich v. d. » par Friedrich Ratzel dans : Allgemeine Deutsche Biographie, publié par la Commission historique de l'Académie bavaroise des sciences, volume 9 (1879), p. 706–707, édition numérique complète dans Wikisource, URL : https://de.wikisource.org/w/index.php?title=ADB:Groeben,_Otto_Friedrich_von_der&oldid=-)
[2] Principalement depuis la réunification, des groupes de la société civile, en particulier les Black Communities et les People of Color, ont attiré l'attention du public sur le sujet grâce à leurs connaissances et à leur engagement. Diverses publications et initiatives telles que „Berlin Postkolonial“, l'alliance „Decolonize Berlin“ ou le centre de recherche „Hamburgs (post-)koloniale Erbe“ ont considérablement contribué à la réévaluation de l'histoire coloniale allemande.
[3] Kopp, Christian, „Mission Moriae“ – Otto Friedrich von der Gröben et la traite des esclaves brandebourgeoise-prussienne“, (2009), p. 6. Accessible en ligne sous : http://www.afrika-hamburg.de/PDF/kopp_groeben.pdf [dernier accès : 30.03.2013].
[4] Van der Heyden, Ulrich, „Sklavenfestungen an der Küste Ghanas als Erinnerungsorte. Das Beispiel Großfriedrichsburg – ein Denkmal deutsch-afrikanischer Beziehungen“ in: Speitkamp, Winfried (Hg.), Kommunikationsräume – Erinnerungsräume. Beiträge zur transkulturellen Begegnung in Afrika, München 2005, S. 101–120, hier S. 105.
[5] Ibid., p. 104.
[6] Cit. d'après Geppert, Alexander C.T., „Weltstadt für einen Sommer: Die Berliner Gewerbeausstellung 1896 im europäischen Kontext“, in: Mitteilungen des Vereins für die Geschichte Berlins, Jg. 103, Heft 1 (2007), S. 434-448, ici p. 434.
[7] Dreesbach, Anne, „Gezähmte Wilde“. Die Zurschaustellung ‚exotischer‘ Menschen in Deutschland 1870-1940, Francfort-sur-le-Main 2005, p. 3. Sur le même phénomène dans d’autres pays européens comme l’Autriche, voir Schwarz, Werner Michael, Anthropologische Spektakel. Zur Schaustellung „exotischer“ Menschen. Vienne 1870-1910 / Vienne 2001.
[8] Herfert, Caroline, „„Allons chez Hagenbeck…“. L'entreprise traditionnelle de Hambourg comme vitrine du monde colonial“, in: Zimmerer, Jürgen / Todzi, Kim (dir.), Hambourg : porte du monde colonial : lieu de mémoire de la mondialisation (post)coloniale, Göttingen 2021 (sous presse).
[9] Van der Heyden, Ulrich « Die Kolonial- und die Transvaal-Ausstellung 1896/97 », in : ders. / Zeller, Joachim (dir.), Kolonialmetropole Berlin, Berlin 2002, p. 135-141, ici p. 136.
[10] Kurt, Seyda, „Koloniale Völkerschauen, ‚Es war und ist der rassistische Blick auf nicht-weiße Menschen‘“, In: ze.tt, 29.09.2019.
[11] Ibid.
[12] Depuis 2021, une version révisée de « zurückgeschaut | looking back – La Première Exposition Coloniale Allemande de 1896 à Berlin-Treptow » est présentée dans l'exposition permanente du Museum Treptow.
[13] Graf von Schweinitz (dir.), L’Allemagne et ses colonies en 1896. Rapport officiel sur la première exposition coloniale allemande, Berlin 1897, p. 221.
[14] Kurt, Expositions ethniques coloniales, ‚C'était et c'est le regard raciste sur les personnes non blanches.
[15] Voir à ce sujet : « Deutsches Historisches Museum : « Treptow – L’Exposition coloniale allemande de 1896 dans le parc de Treptow » », dans : Afrique à Berlin – Une promenade du DHM, disponible en ligne sur : www.dhm.de [dernière consultation : 13.08.2022]
[16] Kurt, Spectacles ethniques coloniaux, ‚C'était et c'est le regard raciste sur les personnes non blanches..
[17] Geppert, Weltstadt für einen Sommer: Die Berliner Gewerbeausstellung 1896 im europäischen Kontext, S. 439.
[18] Ibid., p. 446.
[19] Van der Heyden, Die Kolonial- und die Transvaal-Ausstellung 1896/97, p. 135.
[20] Cf. ibid.; Dreesbach, „Gezähmte Wilde“. Die Zurschaustellung ‚exotischer‘ Menschen in Deutschland 1870-1940; Herfert, „Geh’n wir mal zu Hagenbeck…“. Das Hamburger Traditionsunternehmen als Schau-Fenster in die koloniale Welt.
[21] Cf. Pilcher, Elvira, Discours sur le changement de nom du Gröbenufer, 27.02.2010 Disponible en ligne sur : www.frieke.de/bvv_fraktion/themen_und_ags/ayim_ufer/4111537.html [dernière consultation : 25.03.2013].
[22] Aly, Götz, „Straßenschänder in Kreuzberg“, in: Berliner Zeitung, 02.02.2010. Accessible en ligne sous : http://www.berliner-zeitung.de/archiv/von-goetz-aly–historiker-strassenschaender-in-kreuzberg,10810590,10696192.html [dernière consultation : 27.06.2013].
[23] Van der Heyden, Ulricht, „Gröblicher Rufmord an von der Gröben. Wie eine Straßenumbenennung in Berlin politisch, aber nicht historisch korrekt erfolgte“, in: neues deutschland, 13.06.2009.
[24] Ibid.
[25] Kopp, ‚Mission Moriae‘ – Otto Friedrich von der Gröben et la traite des esclaves brandebourgeoise-prussienne, p. 8.
[26] Ibid.
[27] « Ordre électoral pour les capitaines Voß et Blonck, 17 mai 1682 », in : Jones : Brandenburg Sources for West African History, p. 217. Kopp cite cette source à la page 3 de son étude.
[28] Aly, Straßenschänder in Kreuzberg.
[29] Voir Kopp, ‚Mission Moriae‘ – Otto Friedrich von der Gröben und der brandenburgisch-preußische Sklavenhandel, p. 9 ; Pilcher, Rede zur Umbenennung des Gröbenufers ; Arndt, Susan, Götz Alys Reaktion auf das May Ayim Ufer. Consultable en ligne sur : http://www.edition-assemblage.de/tag/may-ayim/ [dernière consultation : 04.02.2010].
[30] Kopp, ‚Mission Moriae‘ – Otto Friedrich von der Gröben et la traite des esclaves brandebourgeoise-prussienne, p. 9; Pilcher, Discours sur le changement de nom du Gröbenufer, p. 9.
[31] Par ex. Aly, Straßenschänder in Kreuzberg.
[32] Le poème „grenzenlos und unverschämt“ porte le sous-titre „ein gedicht gegen die deutsche sch-einheit“. Ayim, May, „grenzenlos und unverschämt“ in : id. blues in schwarz weiss. gedichte, 4e édition, Berlin 2005, p. 61.
[33] Ayim, May, « L’année 1990. Patrie et unité d’un point de vue afro-allemand », in : id. : Grenzenlos und unverschämt, Berlin 2005, p. 88-103, ici p. 89.
[34] Ibid., p. 90.
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